Pourquoi une monnaie citoyenne ?

Petits curieux…

Vous vous demandez pourquoi des gens créent une nouvelle monnaie sur le territoire ? Ça ne doit pas être si simple, alors il doit falloir de fortes motivations pour se lancer dans un projet comme celui-ci.

Il y a beaucoup de monde qui travaille dessus et ce projet attire des citoyens, des professionnels, des associations, et même des collectivités, il doit vraiment y avoir quelque chose d’intéressant derrière tout ça…!

Mais quoi ? …Vous voulez tout savoir…?

Commençons par nous poser quelques questions :

 

Qu’est-ce qu’une monnaie ?

 

La monnaie est un outil permettant le développement du commerce et des échanges. Un outil qui nous permet de dépasser le troc bilatéral pour différer les échanges dans l’espace et dans le temps.

Elle a trois fonctions économiques :

  • Un moyen d’échange : Elle facilite les transactions entre les acheteurs et les vendeurs. Beaucoup plus pratique que le troc avec lequel nous échangeons des biens directement contre d’autres biens.
  • Une unité de compte : C’est un instrument de mesure de la valeur, elle permet de comparer les prix.
  • Une réserve de valeur : Elle permet de « stocker du pouvoir d’achat » jusqu’à ce que l’on trouve où le dépenser comme on le souhaite. C’est le même mécanisme qui permet le financement et l’investissement.

 

Donc la monnaie peut prendre deux états : Un stock ou un flux.

Nous avons trop souvent une vision statique de la monnaie : notre porte-feuille, notre compte en banque etc…

Pourtant, nous devrions nous rappeler que la richesse ne se crée QUE lorsque la monnaie circule !

Pour illustrer et mieux comprendre :

 

A quoi nous sert la monnaie ?

Aujourd’hui, 98% des transactions se font sur les marchés financiers, pour seulement 2% dans l’économie réelle.

Bon, l’économie réelle, c’est facile, vous connaissez, ce sont l’ensemble des biens et des services que nous pouvons nous fournir au quotidien (logement, alimentation, énergie, transports, loisirs etc… même les impôts y sont comptés, c’est dire…)

Pour les marchés financiers, les 98% sont répartis de la sorte :

  • 60% de ces transactions servent à spéculer sur la hausse et la baisse du prix des matières premières, des marchandises, de l’immobilier, des actions d’entreprises, et même des risques (assurances) etc…
  • 34% de ces transactions servent aux conversion de devises.
  • 4% de ces transactions servent à financer de l’appareil de production pour l’économie réelle... C’est peu !

 

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Et l’écart entre ces chiffres a tendance à continuer d’augmenter en faveur des marchés financiers.

Donc l’économie réelle se vide de sa monnaie d’échange, au profit principalement de la spéculation financière.

Afin de mieux comprendre ce que sont les marchés financiers aujourd’hui, nous vous proposons ce beau documentaire :

 

Et qui crée la monnaie ?

 

La monnaie, dans notre système économique a deux natures :

  • Elle peut être permanente, c’est de la monnaie dite centrale car émise par la banque centrale (pour l’euro, la Banque Centrale Européenne).
  • Elle peut être temporaire, c’est de la monnaie issue du crédit bancaire émis par les banques commerciales privées.

Aujourd’hui 90% de la monnaie en circulation est issue du crédit bancaire contre 10% de monnaie émise par la banque centrale.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment ça marche ?

La création monétaire expliquée par la banque de France :

On part sur de bonnes bases !

Vous aurez sans aucun doute noté le sens de l’humour dont sait faire preuve la Banque de France. Bon… Ils oublient de nous dire deux ou trois choses importantes quand même (c’est vrai que 5 min, c’est court) :

  • Quelles règles régissent cette création de monnaie à partir de rien ?
  • Que se passe-t-il exactement quand on dépose dans une banque l’argent qu’on a emprunté dans une autre ?
  • Puisque 90% de la monnaie en circulation est du crédit sur lequel se paient des intérêts, comment paye-t-on ces intérêts si leur montant total est plus important que les 10% d’argent « réel » ?
  • Les gouvernements, eux aussi, doivent emprunter  leur monnaie aux banques privées, avec des taux d’intérêts importants. Si importants que leur montant total représente à peu près 3% de notre PIB national, et la dette totale représente pas loin de 100% de notre PIB national (2000 milliards d’euros).

Allons voir d’autres sources. Nous vous proposons ici deux vidéos assez complémentaires apportant quelques réponses à ces questions :

Si vous souhaitez prendre un peu plus de temps (50min), vous aurez l’occasion d’entrer dans le détails avec la vidéo documentaire de Paul Grignon, l’argent dette :

 

 

En Bonus une dernière question : Et tout ce qui ne se paye pas avec de l’argent ?

Richesse et monnaie

 

Dès que l’idée que l’on se fait de la richesse repose uniquement sur la valeur marchande, la spéculation prend le pas sur la fonction d’échange.

Toutes les activités économiques sont comptabilisées de la même manière, qu’elles améliorent la vie ou soient porteuses de destructions écologiques ou humaines.

Au contraire, tout ce qui ne donne pas lieu à des échanges en argent est ignoré.

Cette fois la banque de France nous explique la croissance :

Alors quand l’Erika sombre en déversant des milliers de m³ de pétrole dans l’océan, si ce sont des bénévoles qui vont nettoyer, le PIB du pays ne bouge pas, il n’y a pas création de richesse, en revanche, si c’est une entreprise qui va nettoyer, le PIB du pays augmente.

Deux choses :

  • Quelle différence y a-t-il pourtant entre le résultat du même travail produit d’un côté par des bénévoles et de l’autre par une entreprise ?

=> Dans le second cas, il y a un échange monétaire, alors que dans le premier… peut-être même pas un merci !

  • Peut-on vraiment comptabiliser une catastrophe naturelle aussi importante dans le taux de croissance d’un pays ?

=> Nous pouvons travailler à d’autres indicateurs de richesse que la seule valeur ajoutée économique. (cf le rapport de Patrick Viveret : reconsidérer la richesse)

 

Alors… Pourquoi une monnaie citoyenne ?

 

Nous pouvons identifier 8 raisons pertinentes de développer les monnaies
locales :

  • 1- Ralentir l’hémorragie financière

Nous savons que 98%* des transactions monétaires permettent aux euros de quitter rapidement l’économie locale pour s’agglomérer dans les sphères financières spéculatives. Convertir des euros en monnaie locale permet de court-circuiter ce mécanisme, puisque cette monnaie n’est pas utilisable sur les marché financiers, et d’ancrer l’argent dans un circuit économique local et respectant une charte de valeurs.
* MORIN F. Le nouveau mur de l’argent. Essai sur la finance globalisée. (2006 Edition du seuil)

 

  • 2- Soutenir les acteurs économiques locaux et en transition

Tous les euros ancrés sur le territoire via une MLC iront donc circuler dans le circuit des prestataires agréés.
Ceux-ci verront alors de nouveaux clients arriver et leur chiffre d’affaire
augmenter.
C’est, un moyen efficace pour soutenir tout le tissu des acteurs économiques de proximité respectant notre charte de valeurs.

 

  • 3- Renforcer la résilience et dynamiser l’économie locale

La monnaie locale Basque, l’Eusko, a observé la création de 200 nouvelles relations commerciales entre les acteurs du réseau. Cela indique que la monnaie locale stimule de manière mécanique le maillage des acteurs locaux et renforce ainsi la résilience de l’économie locale.
En effet, une partie importante du travail de l’association est de construire un réseau dont les acteurs sont connectés économiquement puis dans un second temps de créer de nouvelles connexions, auparavant inexistantes, entre ces acteurs.
De cette manière la création d’un réseau économique local diversifié permet à tous ses utilisateurs de subvenir à la majeure partie de leurs besoins quotidiens, indépendamment du contexte économique extérieur.

 

  • 4- Transférer l’argent vers les banques éthiques

Pour chaque unité de Monnaie Locale Citoyenne en circulation sur le territoire, il y a un euro bloqué sur un compte bancaire. Nous appelons ceci le fond de garantie qui permet de rembourser toute la MLC en circulation si nécessaire. Le choix de la banque pour placer cette somme d’argent est une décision importante pour la cohérence et l’impact du projet. La grande majorité des monnaies citoyennes de France ont choisi parmi les 3 banques les plus éthiques à savoir le Crédit Coopératif, la Nef et le Crédit Municipal.
Déposer ce fond de garantie dans une banque éthique lui permet de l’investir dans l’économie réelle et même en grande partie dans l’ESS (Économie Sociale et Solidaire). Cela permet donc de démultiplier l’impact vertueux de l’argent car l’euro initial va circuler sous forme de MLC et simultanément être utilisé par la banque éthique pour financer des projets locaux.
Il y a donc une augmentation et une meilleure utilisation de la richesse financière sur le territoire.

 

  • 5- Se réapproprier du pouvoir d’agir

La monnaie, au cœur de notre système sociétal, touche de très nombreux acteurs : entreprises, associations, citoyens, collectivités territoriales. Modifier les règles de fonctionnement de cette monnaie permet d’avoir un impact immédiat sur notre environnement, changer ses euros en MLC est un acte citoyen fort.
L’autre point central est la recherche permanente d’un mode de gouvernance le plus démocratique possible pour chacune des parties prenantes du projet. Cela nous invite à explorer de nombreuses méthodologies innovantes permettant la participation des acteurs aux prises de décisions et aux réflexions concernant les caractéristiques de la monnaie locale. Utiliser une MLC est donc un acte politique qui permet de se réapproprier du pouvoir d’agir.
« Fais de ta monnaie un bulletin de vote » slogan du Sol Violette, MLC de Toulouse.

 

  • 6- Éducation populaire

Entre la reconnaissance mutuelle des utilisateurs et la curiosité des non
utilisateurs, les MLC permettent de créer du lien humain, de la discussion et de la communication autour des coupons-billets.
En effet, de nombreux sujets tels que la création de la monnaie, la définition de ses caractéristiques, son rôle dans nos échanges, son histoire etc… peuvent être abordés autour de ce simple support papier. Les monnaies locales sont donc de fantastiques vecteurs d’éducation populaire car comprendre est la première étape vers l’action consciente.

 

  • 7- Identifier rapidement les acteurs engagés dans la transition

Les prestataires agréés de chaque projet MLC sont répertoriés dans un annuaire et une cartographie internet. Ce travail permet de rendre visible les commerces, associations et indépendants engagés dans une démarche de transition.
Les citoyens emménageant dans une ville et voulant découvrir les commerces éthiques et responsables, ainsi que ceux qui vivent déjà dans la ville et veulent entamer ou continuer une transition de leur comportement en tant que consommateurs, peuvent donc les identifier plus facilement.
En résumé, ce travail de fond facilitela démarche d’engagement des citoyens.

 

  • 8- Un réseau solidaire

Une mise en réseau au sein d’une MLC permet une collaboration, une entraide.
Certains commerces engagés dans une démarche responsable, ont
malheureusement échoué économiquement.
Nous souhaitons par la dynamique de la monnaie locale, permettre d’identifier rapidement les problématiques qui menacent les membres de notre réseau et tenter par tous les moyens à notre disposition, de leur venir en aide en leur proposant des solutions et un accompagnement adéquat. Cette bienveillance partagée apporte un fort sentiment de confiance pour les acteurs du réseau.

La vidéo de lancement du projet :