Le cas du Bristol Pound

LE CAS DU BRISTOL POUND
Retour d’expérience et perspectives

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L’équipe de La Gonette, Monnaie Citoyenne Lyonnaise, prépare le lancement de sa monnaie pour l’automne 2015. Nous prenons donc contact avec certains groupes monnaies complémentaires qui nous inspirent. Le but étant d’apprendre des expériences de nos homologues et de faire les choix stratégiques les plus pertinent possible pour notre petite Gonette qui vise la deuxième agglomération de France, rien que ça. C’est dans ce contexte que nous avons pris contact avec le Bristol Pound qui est une des monnaies locales les plus développées de Grande Bretagne.

Nous avons eu la chance de pouvoir discuter par skype pendant 30 minutes avec Ciaran MUNDY directeur du Bristol Pound.

Ciaran-Mundy
Historique

L’idée de créer une monnaie locale à Bristol est née après la crise de 2008 qui a ravagée le monde et laissée craindre un effondrement du système bancaire. La monnaie a été officiellement lancée en 2012. Ils étaient au départ 5 à porter le projet. Ils se sont beaucoup inspirés du Totnes Pound issu du mouvement « Villes en Transitions ».
Leur idée force : pour une économie robuste il faut un tissu de PME fourni et solide. Il faut soutenir l’économie locale et les entreprises détenues par des locaux pour une économie et une démocratie en bonne santé.
Leur modèle est une monnaie locale nantie en livre sterling similaire à l’Eusko en France.

Stratégie pré lancement

Nos amis britanniques sont pragmatiques et réfléchis. Voici comment ils ont procédé:

1# Interroger les entreprises locales lors de 5 événements. « Si nous mettions en place ce genre de monnaie locale, seriez-vous intéressés? ». Ils ont récolté 150 réponses positives.
2# Donner des présentations publiques pour parler de ce projet et récolter des intentions de participations des citoyens. Ils en ont récolté beaucoup.
3# Rencontrer les élus locaux pour leur présenter les résultats de l’étude et le projet. Ils leur ont demandé ce qu’ils peuvent faire pour les aider.

Chose incroyable pour nous français, il était possible de payer les impôts locaux en Bristol pound. C’est pour le moment impossible en France. Cependant c’est leur équipe qui convertissait en sterling les Bristol pound des impôts locaux pour simplifier la vie des autorités et renforcer leur adhésion.

Un défi

Leur principal défi est d’expliquer à quoi sert une monnaie locale, la dimension pédagogique.
Ils utilisent une métaphore intéressante montrant l’économie locale comme un seau troué avec les sterling alors que le Bristol Pound ne sort pas du seau.
Ils ont réalisé cette vidéo pédagogique (en anglais of course).

 Leurs objectifs et moyens de paiement

Le principal était de soutenir les PME locales et les mettre en réseau via le Bristol Pound.
Ils ont considéré créer un crédit mutuel de type Sardex, RES, CAT mais ont finalement opté pour une monnaie nantie qui rassurait plus les entreprises.

Ils utilisent le logiciel Cyclos (comme l’eusko) et sont adossé à une institution bancaire locale : le Bristol crédit union qui est une coopérative. Cela leur permet d’être en règle vis à vis des régulateurs.
Les monnaies papier (qu’ils nomment coupon d’échange) ont une régulation assez légère car justement elles sont considérées comme des bons de réduction. La monnaie éléctronique est beaucoup plus régulée, comme en France. Ils ont cependant réussi.

Ils ont trois modes de paiement: le coupon billet, les paiements par SMS, les virements via cycles. Ils n’ont cependant pas de carte de paiement à puce comme le prévoit l’Eusko.
Ils recommandent de mettre en place les paiements électroniques dès le départ si nous le pouvons car cela simplifie beaucoup de choses et permet de réaliser plus de transactions et donc faire circuler la monnaie locale. C’est la circulation qui créée la richesse.
75% de leurs transactions sont électroniques contre 25% en papier.

Quelques chiffres du Bristol Pound

Ils ont 2000 utilisateurs et 800 organisations enregistrées.
Ils ne demandent pas de cotisation à payer pour devenir membre. Leurs revenus sont ponctionnées sur les transactions électroniques.
2% taxe pour les SMS (plafonné à 0,95 sterling).
1% taxe pour les virements.

Bristol Pound note

Ils soutiennent les membres de leur réseau en assurant de la promotion des produits des entreprises du réseau sur les réseaux sociaux, leur site, leur catalogue.
Ils remplacent tous les coupons billets tous les 3 ans et leur monnaie n’est pas fondante.
Ils ont un fond de garantie s’élevant à 370 000 livres sterling soit 470 000 euros.
Ils ont financé le projet au départ avec des fondations privées, puis de l’argent des collectivités locales. Ils reçoivent aussi des dons de leur membres.
Ils étaient au départ tous bénévoles, ils sont maintenant 9 salariés.

En conclusion

Ces échanges furent d’une immense richesse pour la Gonette et nous l’éspérons, d’autres projets de monnaies locales françaises. Le Bristol pound a énormément contribué à la crédibilisation des monnaies complémentaires locales, de part leur succès, notamment la taille de leur réseau et leur coopération unique avec la mairie (le maire de Bristol se fait payer en Bristol Pound!)
Nous avons terminé l’entretien en les invitant à Lyon au printemps pour venir nous présenter leur projet. Nous organiserons avec nos amis de Grenoble une rencontre régionale des monnaies complémentaires en 2015. Ils seraient de super « guest stars » pour faire l’ouverture de cet événement et nous inspirer par leurs réalisations exceptionnelles. Ciaran n’a pas dit non. Chouette.

gonette-couleur

www.lagonette.org
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AUTEURS : FLORENCE LE NULZEC, NICOLAS BRIET  (ÉQUIPE GONETTE)